Rockstar · Analyse
Bully : le classique culte de Rockstar fête ses 20 ans
Rockstar Vancouver, PS2, 2006 : Bully (Canis Canem Edit) reste l'un des jeux les plus attachants du studio de GTA. Rétrospective du classique de Bullworth.
Sommaire
Sorti le 17 octobre 2006 sur PlayStation 2, Bully (rebaptisé Canis Canem Edit en Europe) reste l’un des jeux les plus attachants jamais publiés par Rockstar. On y mène Jimmy Hopkins, un ado turbulent, à travers une année scolaire dans un internat pourri par les clans, sans flingue ni voiture volée. Vingt ans plus tard, ce classique culte n’a toujours pas de suite.
Un GTA en culottes courtes, sans flingues ni voitures
Sur le papier, Bully est un pur produit du studio de GTA : monde ouvert, humour grinçant, satire de l’Amérique et liberté de mouvement. Sauf que Rockstar y prend le contre-pied de sa propre recette. Ici, pas d’arme à feu, pas de voiture à voler. On se déplace à vélo, en skateboard ou en trottinette, et l’arsenal se résume à un lance-pierre, des pétards, des bombes puantes, de la poudre à gratter et quelques battes de bois. La cible n’est pas un gang rival mais le préfet du couloir ou le prof de chimie.
Ce déplacement de décor, du crime organisé à la cour de récré, change tout. Bully raconte l’adolescence plutôt que la pègre : les humiliations, les clans, les premiers émois, l’autorité qu’on nargue. C’est un GTA miniature où l’enjeu n’est pas de dominer une ville mais de survivre à un lycée.
Bullworth Academy : une année scolaire en monde ouvert
Le terrain de jeu, c’est Bullworth Academy, un internat gothique en brique rouge planté dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, avec ses dortoirs, sa cantine, son observatoire et sa ville alentour. Le monde vit au rythme d’un emploi du temps : cloche des cours, couvre-feu le soir, préfets qui patrouillent et vous collent si vous traînez en pyjama en pleine journée. Les saisons défilent au fil des cinq chapitres, de la rentrée automnale à la fin d’année.
Dès sa sortie, le jeu misait sur cette ambiance de campus américain à la fois familière et inquiétante, comme le rappelle la bande-annonce d’époque publiée par le studio.
Cliques, cours et lance-pierre : le cœur du gameplay
La grande idée de Bully, c’est sa guerre de cliques. La faune de Bullworth se divise en factions rivales, chacune avec son fief, son look et son chef, que Jimmy doit apprivoiser ou affronter tour à tour. C’est la version scolaire des gangs de GTA San Andreas, en blazers et casquettes de sport.
| Clique | Style | Fief à Bullworth |
|---|---|---|
| Les Bullies | Petites frappes de la cour | Dortoirs et cour principale |
| Les Nerds | Club d’astronomie, fusées à bouteille | Bibliothèque et observatoire |
| Les Preppies | Fortunés, boxe, la marque Aquaberry | Old Bullworth Vale |
| Les Greasers | Rockabilly, mécanos, vélos trafiqués | New Coventry |
| Les Jocks | Football américain, gros bras | Stade et gymnase |
| Les Townies | Décrocheurs, hors de l’école | Zone industrielle désaffectée |
L’autre trouvaille, ce sont les cours transformés en mini-jeux aux vraies récompenses. Assister au cours d’anglais (des énigmes de lettres) débloque de nouvelles insultes et excuses pour amadouer les préfets ; la chimie permet de fabriquer pétards et fusées à bouteille ; la gym enseigne de nouvelles prises de combat ; la géographie révèle la carte. Sécher a un coût, aller en classe rend Jimmy plus puissant : une boucle maligne qui ancre le joueur dans le quotidien scolaire.
Autour, la ville offre le remplissage typique de Rockstar : courses de vélo et de kart, tournée de journaux, tonte de pelouses, jeux de fête foraine, coiffeurs et boutiques de fringues pour relooker Jimmy. De quoi meubler une année entière entre deux missions scénarisées.
Canis Canem Edit : le nom qui masquait la polémique
En 2006, le simple mot « bully » (« tyran », « brute ») a suffi à mettre le feu aux poudres. En Europe, Rockstar a préféré sortir le jeu sous le titre latin Canis Canem Edit, « chien mange chien », pour désamorcer les accusations de faire l’apologie du harcèlement scolaire.
Aux États-Unis, l’avocat anti-jeux vidéo Jack Thompson est monté au créneau avant même la sortie, qualifiant le titre de « Columbine simulator » et attaquant Take-Two en justice en Floride. Le juge Ronald Friedman, du tribunal de Miami-Dade, s’est fait présenter le jeu en salle d’audience, puis a rejeté la plainte : il a estimé que Bully exposait le joueur à moins de violence qu’un programme télévisé. Excédé par l’attitude de Thompson pendant l’audience, le magistrat s’est ensuite déporté et a saisi le barreau de Floride au sujet de son comportement. La controverse, elle, a surtout offert au jeu une publicité inespérée.
Un jeu plus fin qu’il n’en avait l’air
Derrière la façade provoc, Bully cachait un vrai propos. Le harcèlement y est montré du côté de celui qui le subit autant que de celui qui le pratique, et le jeu n’a rien d’un défouloir gratuit. Détail rare pour une grosse production de 2006 : Jimmy peut embrasser aussi bien des filles que des garçons, une liberté saluée à l’époque par une partie de la presse et qui a valu au personnage de figurer, des années plus tard, dans des classements de figures LGBT marquantes du jeu vidéo.
La bande originale, signée Shawn Lee, participe beaucoup de ce charme : une partition jazzy et orchestrale, deux fois nominée pour le meilleur score, qui donne à Bullworth son cachet de comédie douce-amère. Le résultat a convaincu la critique, avec un 87 sur 100 sur Metacritic en version PS2, et le public, avec plus de 1,5 million d’exemplaires écoulés. Un an et demi plus tard, Bully: Scholarship Edition (2008) ajoutait cours, missions et personnages sur Xbox 360, Wii et PC, prolongeant la vie du jeu bien au-delà de la PlayStation 2.
Pourquoi Bully n’a jamais eu de suite
C’est le paradoxe de ce classique : adoré, cité en modèle, mais orphelin. Le studio créateur, Rockstar Vancouver, a été absorbé par Rockstar Toronto en 2012, peu après la sortie de Max Payne 3, et une partie du savoir-faire maison s’est dispersée. Depuis, l’éditeur a concentré ses forces sur ses deux mastodontes, GTA et Red Dead Redemption.
Un Bully 2 a pourtant existé, au moins sur le papier : plusieurs témoignages décrivent un prototype avancé, jamais officialisé ni sorti, un des grands jeux fantômes de Rockstar. En attendant l’hypothétique retour de Jimmy, le premier Bully reste une pièce maîtresse du catalogue « hors GTA » du studio, à ranger aux côtés de Manhunt, de L.A. Noire et des autres pépites de Rockstar. Preuve que, même sans arme à feu, le studio savait déjà tout raconter d’un monde, quitte à le rétrécir à la taille d’une cour d’école.
FAQ
Bully et Canis Canem Edit, c'est le même jeu ?
Oui. Bully est le titre nord-américain ; Canis Canem Edit (« chien mange chien » en latin) est le nom sorti en Europe en 2006, choisi pour éviter la controverse liée au mot « bully ». La réédition de 2008, Bully: Scholarship Edition, a réunifié le nom sous « Bully » partout.
Sur quelles machines peut-on jouer à Bully aujourd'hui ?
Le jeu original est sorti sur PlayStation 2 en 2006. La version enrichie Bully: Scholarship Edition (2008) est disponible sur Xbox 360, Wii et PC, et c'est elle qu'on retrouve sur Steam et rétrocompatible sur Xbox. Une Anniversary Edition mobile est aussi parue en 2016.
Bully est-il un GTA déguisé ?
Il partage l'ADN de Rockstar : monde ouvert, humour grinçant, liberté de mouvement. Mais il s'en éloigne volontairement : pas d'armes à feu, pas de voitures à voler, on se déplace à vélo ou en skateboard, et la « violence » se limite à un lance-pierre, des pétards et des bombes puantes. C'est un GTA de cour de récré, plus malin que brutal.
Pourquoi n'y a-t-il jamais eu de Bully 2 ?
Un Bully 2 a bien été en chantier chez Rockstar, mais il n'a jamais été officialisé ni sorti. Le studio d'origine, Rockstar Vancouver, a été absorbé par Rockstar Toronto en 2012, et l'énergie de l'éditeur s'est concentrée sur GTA et Red Dead. La suite reste l'un des grands jeux fantômes de Rockstar.
Vingt ans après, on garde une place pour Jimmy. Alfred, GTA Zone.
Sources
- Confirmé Rockstar Games : page officielle de Bully (éditeur, fiche du titre)
- Confirmé Steam : Bully: Scholarship Edition (édité par Rockstar Games, portage 2008, captures officielles du jeu)
- Rapporté Wikipédia (Bully) : Rockstar Vancouver, sortie PS2 le 17 octobre 2006, Canis Canem Edit = « chien mange chien », note Metacritic 87/100 (PS2), plus de 1,5 million de ventes (mars 2008), armes non létales et absence d'arme à feu, cours transformés en mini-jeux, Jimmy peut embrasser filles et garçons, Scholarship Edition 2008
- Rapporté InformationWeek : « Judge OKs Sale Of 'Bully' Game », le juge Ronald Friedman (Miami-Dade) rejette la plainte de l'avocat Jack Thompson, estimant le jeu moins violent que la télévision
- Rapporté Wikipédia (Jack Thompson) : l'avocat qualifie Bully de « Columbine simulator » ; après l'audience, le juge Friedman se déporte et saisit le barreau de Floride au sujet de son comportement
- Rapporté Wikipédia (Shawn Lee) : a composé la bande originale de Bully (2006), deux fois nominée pour le meilleur score (GameSpot, Spike VGA)
- Rapporté Wikipédia (Rockstar Vancouver) : studio créateur de Bully, absorbé par Rockstar Toronto en 2012, peu après Max Payne 3
L'auteur
Alfred de GTA Zone
Alfred signe les articles de GTA Zone, rédigés et vérifiés par la rédaction. Chaque fait est sourcé et classé Confirmé, Rapporté ou Rumeur, et chaque page est mise à jour quand l'information bouge.
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