Tout le monde connaît GTA et Red Dead, presque personne ne parle de The Warriors. Pourtant, ce jeu de 2005 est peut-être la meilleure chose que Rockstar ait faite en dehors de ses grandes licences. Un brawler de rue tiré d’un film culte, développé au sommet de l’ère PS2, encensé par la critique, puis rangé au placard. Voici pourquoi il mérite mieux que l’oubli.
Un film culte de 1979 devenu jeu culte
À l’origine, The Warriors est un film de Walter Hill sorti en 1979. L’histoire tient en une nuit : les Warriors, un gang de Coney Island, sont conviés à un grand rassemblement de toutes les bandes de New York. Quand le charismatique Cyrus, chef des puissants Riffs, est abattu, le meurtre est faussement mis sur le dos des Warriors. Le gang doit alors traverser la ville entière, du Bronx à Brooklyn, avec toutes les bandes rivales et la police à ses trousses. Un survival urbain avant l’heure, devenu monument de la pop culture.
Vingt-six ans plus tard, Rockstar s’empare de ce matériau. Le pari est risqué : les adaptations de films en jeux vidéo sont, à l’époque comme aujourd’hui, un cimetière de titres bâclés. The Warriors va faire l’inverse. Le studio ne se contente pas de recopier le film, il le prolonge et l’enrichit.
Une préquelle avant d’être une adaptation
Le coup de génie du jeu, c’est sa structure. Sur ses 18 niveaux, 13 racontent une préquelle entièrement inédite : la montée en puissance des Warriors dans les mois qui précèdent le film. On y voit le gang se former, gagner du territoire, humilier ses rivaux et bâtir la réputation qui le mènera au fameux rassemblement. Ce n’est qu’à partir du niveau 14 que le jeu rejoue enfin les événements du long-métrage.
Résultat : même en connaissant le film par cœur, on découvre une histoire neuve. Rockstar donne de la chair à des personnages qui n’avaient que quelques minutes à l’écran, et transforme un récit d’une nuit en véritable saga de gang. C’est ce respect maniaque du matériau d’origine qui annonce, à sa manière, l’obsession du détail qu’on retrouvera plus tard dans Red Dead Redemption 2.
Rockstar Toronto et le moteur de San Andreas
Sous le capot, The Warriors est un pur produit de l’âge d’or de Rockstar. Le développement démarre dès 2002 au studio Rockstar Toronto (ex-Rockstar Canada), et le jeu tourne sur RenderWare, le moteur qui a fait rouler GTA III, Vice City et San Andreas. On est en 2005, un an après San Andreas : Rockstar est alors une machine à fabriquer des mondes urbains crédibles, et ça se sent.
Le gameplay dépasse largement le simple jeu de baston. C’est un jeu d’action et de survie en ville ouverte, où l’on incarne l’un des neuf membres jouables des Warriors. On commande ses compères avec des ordres de chef de gang (les warchief commands), on tague les murs à la bombe pour marquer son territoire ou provoquer l’adversaire, on fouille les poches, on force des serrures. Une jauge de rage, le flash, permet de se soigner et de cogner plus fort. Le tout se joue en solo ou en coop à deux, une rareté pour un jeu Rockstar. Si l’esprit rétro Rockstar vous parle, notre rétrospective de GTA San Andreas explore le même moteur et la même fascination pour les gangs de rue.
Les vrais acteurs du film, et des gangs devenus cultes
C’est peut-être le détail qui fait toute la différence. Pour son doublage, Rockstar est allé chercher les acteurs originaux du film de 1979. James Remar reprend Ajax, Michael Beck redonne sa voix à Swan, David Harris rejoue Cochise, Deborah Van Valkenburgh revient en Mercy et Dorsey Wright réincarne Cleon, le leader du gang. Pour les fans du film, l’immersion est totale.
Et puis il y a les gangs rivaux, restés dans la mémoire collective. Les Baseball Furies, avec leurs uniformes rayés de baseball, leurs visages peints et leurs battes, sont l’un des ennemis les plus iconiques du jeu vidéo des années 2000. Le jeu recrée aussi les Turnbull AC’s, les Orphans, les Punks et les Riffs, chacun avec son quartier et son style. Cette galerie de bandes fait écho, de loin, à celle qu’on retrouve dans nos classements sur les meilleurs méchants de la saga GTA.
Armies of the Night : le beat’em up caché
Terminer la campagne débloquait une surprise : Armies of the Night, un mode beat’em up à défilement horizontal, ouvertement inspiré de Double Dragon, dans lequel on martèle des vagues d’ennemis en incarnant Swan et Ajax. Un jeu dans le jeu, hommage direct aux bornes d’arcade des années 80. Sur la version PSP de 2007, développée par Rockstar Leeds, ce mode était même accessible dès le départ.
Le jeu proposait aussi un Rumble Mode, un multijoueur en chacun pour soi, et un quartier général qui servait de hub : on pouvait y entraîner son personnage à travers dix rangs de condition physique, entre pompes, tractions et sac de frappe. Rockstar avait pensé The Warriors comme un vrai bac à sable de gang, pas comme un simple couloir d’adaptation.
Encensé par la critique, puis abandonné
À sa sortie, The Warriors récolte des critiques très favorables. La presse salue son ambiance, sa musique, sa fidélité et son plaisir de jeu, au point de le considérer comme une adaptation digne du film, chose rarissime pour le genre. Son score de 84/100 sur Metacritic en version PS2 (85/100 sur Xbox) en fait l’une des adaptations de long-métrage les mieux notées de l’histoire du jeu vidéo.
Et pourtant, il a glissé dans l’oubli. Le tableau ci-dessous résume ce qui a fait sa force, et ce qui explique sa relative discrétion aujourd’hui.
| The Warriors en bref | Détail |
|---|---|
| Sortie d’origine | 17 octobre 2005 (PS2 et Xbox) |
| Développeur | Rockstar Toronto (PSP par Rockstar Leeds, 2007) |
| Moteur | RenderWare (celui de la trilogie GTA III/VC/SA) |
| Genre | Action, aventure et baston en ville ouverte |
| Note Metacritic | 84/100 (PS2), 85/100 (Xbox) |
| Modes annexes | Armies of the Night, Rumble Mode, coop 2 joueurs |
| Réédition | PlayStation 4, 5 juillet 2016 (upscale, trophées) |
| Version PC / suite | Aucune, jamais |
La raison de cet oubli est simple : sorti en toute fin de vie de la PS2, jamais porté sur PC ni sur Steam, coincé sur le PlayStation Store, The Warriors n’a jamais eu droit à la seconde vie qu’ont connue d’autres classiques. Rockstar a vite enchaîné sur Bully, puis sur l’ère HD de GTA IV, et n’est jamais revenu sur cette licence.
Ce que The Warriors dit de Rockstar
The Warriors appartient à une période fascinante du studio, celle où Rockstar osait des jeux sombres et adultes en dehors de GTA. La même veine urbaine et violente traverse notre dossier sur Manhunt, le jeu le plus violent de Rockstar, tandis que l’école du récit ambitieux se lit dans nos rétrospectives de L.A. Noire et de Bully. Pour un panorama complet, on a classé les meilleurs jeux Rockstar en dehors de GTA.
Cet ADN de gangs, de rue et de loyauté n’a jamais disparu : il irrigue San Andreas, puis toute la saga, jusqu’au retour à Vice City qui se prépare. Pour la suite de cette histoire, tout est dans notre point sur la date de sortie de GTA VI. En attendant, si vous croisez une PS4 et un peu de curiosité, The Warriors reste l’un des secrets les mieux gardés du catalogue Rockstar.
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