Tout le monde attend le prochain grand monde ouvert criminel. Pourtant, l’un des meilleurs a déjà quatorze ans, et presque personne n’en parle. Sleeping Dogs, sorti en 2012, a fait ce que peu de GTA-like ont réussi : exister par lui-même, avec un décor, un héros et un système de combat que Rockstar n’a jamais tentés. Puis il a disparu des radars. Voici pourquoi ce classique culte mérite bien mieux que l’oubli.
De True Crime à Sleeping Dogs : un jeu ressuscité
L’histoire de Sleeping Dogs commence par un naufrage. Le jeu s’appelait à l’origine True Crime: Hong Kong, troisième volet d’une série d’Activision. Sauf qu’en 2011, après des retards et un budget qui gonfle, Activision annule purement et simplement le projet. Le studio United Front Games, basé à Vancouver, se retrouve avec un jeu presque fini et plus personne pour l’éditer.
C’est Square Enix qui le repêche quelques mois plus tard, en rachetant les droits d’édition. Faute d’avoir acquis la marque True Crime, l’éditeur rebaptise le jeu Sleeping Dogs. Le titre sort finalement le 14 août 2012 sur PlayStation 3, Xbox 360 et PC. Cette naissance dans la douleur explique en partie son destin : un jeu ambitieux, mais dont le parcours commercial a toujours été bancal.
Wei Shen, le flic infiltré que GTA n’a jamais osé
Dans GTA, on incarne des criminels. Dans Sleeping Dogs, on joue un flic, et c’est tout le sel de l’histoire. Wei Shen est un policier américano-chinois envoyé en infiltration au sein de la Sun On Yee, la plus grande triade de Hong Kong. Sa mission : gagner la confiance des gangs pour les faire tomber de l’intérieur. Le problème, c’est que plus il s’enfonce, plus la frontière entre le policier et le truand se brouille.
Ce ressort narratif, celui de l’agent double rongé par sa couverture, doit tout au cinéma hongkongais, d’Infernal Affairs aux polars de John Woo. Là où les héros de Rockstar assument leur banditisme, Wei Shen vit un déchirement moral permanent. C’est une tonalité que la série GTA, plus portée sur la satire de l’Amérique, n’a jamais vraiment explorée.
Le kung-fu plutôt que le flingue
C’est la vraie signature du jeu. Quand GTA règle la plupart des affrontements au pistolet, Sleeping Dogs met le combat à mains nues au centre de son gameplay. Wei Shen est un artiste martial : il enchaîne les coups, les contres au bon moment, les clés de bras et les projections. Le système récompense la lecture de l’adversaire plutôt que le matraquage de boutons.
Le jeu devient carrément jubilatoire grâce à ses exécutions environnementales. Cabines téléphoniques, ventilateurs, bacs à glace, bennes à ordures : le décor regorge de points d’interaction qui déclenchent des mises à mort spectaculaires, directement empruntées au cinéma d’action de Hong Kong. Les fusillades existent, tout comme les courses et un système d’action hijack qui permet de sauter d’un véhicule à l’autre en pleine poursuite, mais c’est le corps-à-corps qui reste en mémoire.
Hong Kong, un décor que Rockstar n’a jamais visité
La grande réussite de Sleeping Dogs, c’est son terrain de jeu. Le Hong Kong du titre n’est pas la vraie ville, mais une recréation crédible et vivante : marchés de nuit, temples, docks, quartiers d’affaires, appartements exigus et gratte-ciel. La densité verticale, les enseignes lumineuses en cascade et la circulation à gauche donnent une identité visuelle immédiatement reconnaissable, à mille lieues des villes américaines de la saga GTA.
Cette couleur locale se retrouve partout : on mange dans des échoppes pour se soigner, on chante au karaoké, on drague, on parie sur des combats de coqs, on collectionne des autels de jade pour débloquer des techniques de combat. Autant d’activités qui ancrent le jeu dans sa culture. La bande-annonce officielle ci-dessous résume bien cette ambiance de polar urbain sous tension.
Pour situer Sleeping Dogs parmi les autres prétendants au trône, notre sélection des meilleurs jeux comme GTA le range parmi les trésors cachés du genre, aux côtés de Watch Dogs, le GTA killer d’Ubisoft et de Cyberpunk 2077.
Encensé par la critique, puis lâché par les chiffres
À sa sortie, Sleeping Dogs reçoit un accueil critique très favorable. La presse salue son combat, son atmosphère, son doublage et sa dépiction de Hong Kong, avec des moyennes autour de 80 sur 100. La Definitive Edition de 2014 conserve cette réputation, avec une note de 77 sur 100 sur l’agrégateur OpenCritic. Bref, sur le papier, un succès critique net.
Commercialement, c’est une autre histoire. Le jeu écoule environ 1,75 million d’exemplaires en sept mois, un chiffre honnête, mais jugé insuffisant par Square Enix. L’éditeur cite d’ailleurs les ventes plus lentes que prévu de Sleeping Dogs, entre autres titres, parmi les causes d’une perte d’environ 70 millions de dollars sur un semestre. Le jeu finira par devenir rentable avec le temps, mais l’étiquette de déception commerciale lui colle à la peau.
Le tableau ci-dessous résume l’essentiel de la fiche du jeu.
| Sleeping Dogs en bref | Détail |
|---|---|
| Sortie d’origine | 14 août 2012 (PS3, Xbox 360, PC) |
| Développeur | United Front Games (Vancouver) |
| Éditeur | Square Enix |
| Origine | True Crime: Hong Kong, annulé par Activision en 2011 |
| Héros | Wei Shen, policier infiltré dans la triade Sun On Yee |
| Réédition | Definitive Edition, 8 octobre 2014 (PS4, Xbox One, PC) |
| Note critique | Autour de 80, 77 sur 100 pour la Definitive Edition (OpenCritic) |
| Suite | Aucune : spin-off Triad Wars arrêté fin 2015, studio fermé en 2016 |
Ni suite, ni studio : la malédiction Sleeping Dogs
Un jeu culte, une critique conquise, et pourtant rien derrière. United Front Games tente d’abord un pari : Triad Wars, un spin-off multijoueur free-to-play situé dans le même univers. Le projet ne convainc pas : son développement est stoppé fin 2015 et ses serveurs ferment début 2016. La même année, le studio de Vancouver ferme définitivement ses portes. Une suite plus classique, un temps évoquée, ne verra jamais le jour.
Depuis, les droits dorment chez Square Enix, d’où le double sens du titre. La seule lueur d’espoir vient du cinéma : après plusieurs faux départs, un projet de film live-action avance enfin, désormais porté par Simu Liu (le Shang-Chi de Marvel) dans le rôle de Wei Shen, avec le réalisateur d’action Timo Tjahjanto aux commandes. De quoi, peut-être, ramener la licence sous les projecteurs.
Ce que Sleeping Dogs dit du genre
Sleeping Dogs restera comme la preuve qu’un GTA-like pouvait trouver sa propre voix sans copier Rockstar. Le tableau ci-dessous résume ce qui le sépare de la saga qui a défini le genre.
| Face à face | Sleeping Dogs | Grand Theft Auto |
|---|---|---|
| Décor | Hong Kong, dense et vertical | Villes américaines (Liberty City, Los Santos, Vice City) |
| Héros | Wei Shen, policier infiltré | Des criminels assumés (Niko, CJ, Michael, Trevor) |
| Combat | Corps-à-corps martial, contres, exécutions | Surtout les armes à feu |
| Ton | Polar d’infiltration hongkongais | Satire de l’Amérique |
| Postérité | Studio fermé, pas de suite | Franchise à plus de huit milliards de dollars |
Cet ADN de crime urbain traverse d’autres classiques trop discrets, comme The Warriors et les jeux Rockstar hors GTA, qu’on a réunis dans notre panorama des meilleurs jeux Rockstar en dehors de GTA. Reste que le genre attend son prochain sommet, et il porte un nom : le retour de Rockstar à Vice City avec Grand Theft Auto VI, dont on suit chaque étape dans notre point sur la date de sortie de GTA 6. En attendant, si vous croisez la Definitive Edition de Sleeping Dogs à petit prix, foncez : c’est l’un des secrets les mieux gardés de l’open-world criminel.
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