Watch Dogs devait être le grand rival de GTA, le fameux « GTA killer » d’Ubisoft. Douze ans et trois jeux plus tard, la franchise est à l’arrêt, donnée pour morte, pendant que GTA VI s’apprête à écraser tous les records. Ce duel des mondes ouverts urbains raconte surtout une chose : le style Rockstar ne se copie pas.
Watch Dogs, le « GTA killer » qui devait détrôner Rockstar
Reculons jusqu’à l’E3 2012. Ubisoft dévoile un jeu qui électrise le salon : une ville entière piratable au smartphone, des feux tricolores qu’on détraque, des caméras qu’on détourne, une pluie et des reflets bluffants. La presse et les joueurs le surnomment aussitôt le « GTA killer », le titre censé enterrer Rockstar sur la nouvelle génération de consoles. Le rêve dure deux ans. À sa sortie le 27 mai 2014, Watch Dogs plante son Chicago pluvieux et son justicier hacker Aiden Pearce sur le moteur maison Disrupt, et cartonne : meilleur lancement d’une nouvelle licence de toute l’histoire d’Ubisoft, avec quatre millions de copies la première semaine et 10 millions avant la fin de l’année.
Sauf qu’entre-temps, la magie s’est fissurée. La version commerciale est nettement moins belle que la démo E3, au point de déclencher l’une des plus célèbres polémiques de « downgrade » graphique de la décennie. L’affaire marquera durablement Ubisoft, qui révisera sa manière de montrer ses jeux avant leur sortie. Rockstar, à l’inverse, a fait de ses bandes-annonces une science : le Trailer 2 de Grand Theft Auto VI est présenté par le studio comme capté sur PlayStation 5, sans promesse intenable.
Trois villes, un même plafond de verre
Ubisoft a pourtant tout tenté. Watch Dogs 2 (15 novembre 2016) troque la grisaille de Chicago contre la baie de San Francisco, un ton pop et un collectif de hackers, DedSec, plus proche de la satire tech. Le jeu est meilleur, mais son démarrage commercial déçoit : il ne franchira les 10 millions de ventes qu’au bout de plusieurs années, en mars 2020. Puis vient Watch Dogs Legion (29 octobre 2020), sans doute le pari le plus fou de la série : un Londres proche-futur où l’on peut recruter et incarner n’importe quel passant, chacun avec ses compétences. Sur le papier, c’est vertigineux. En pratique, l’écriture se dilue, aucun héros ne marque, et l’accueil est tiède, une note joueurs Metacritic de 6,2 contre 7,7 pour l’opus précédent. Côté ventes, on parle d’environ 1,9 million d’unités numériques sur les trois premiers jours, très loin de l’élan de 2014.
Ce système « jouer n’importe qui » résume tout le problème. Là où Rockstar mise sur des héros écrits au cordeau, Jason et Lucia, un duo à la Bonnie and Clyde, Ubisoft a préféré une mécanique de recrutement massif qui impressionne cinq minutes avant de sonner creux. On avait détaillé cette philosophie de personnages dans notre dossier sur les mécaniques de gameplay de GTA VI.
Ce que GTA VI fait, et que Watch Dogs n’a jamais su faire
La vraie fracture n’est pas dans le concept, elle est dans le monde. Chaque Watch Dogs se cantonne à une agglomération, aussi détaillée soit-elle. GTA VI, lui, déploie l’État de Leonida tout entier, inspiré de la Floride : Vice City et ses plages, ses banlieues, ses marécages façon Everglades, ses Keys et son arrière-pays. On a mesuré cette démesure dans notre article sur la taille de la carte de GTA VI. À cette échelle s’ajoute la densité maison de Rockstar, portée par le moteur RAGE déjà éprouvé sur GTA V et Red Dead Redemption 2, quand Watch Dogs n’a jamais dépassé son honnête Disrupt. Piétons qui vivent leur vie, météo dynamique, physique Euphoria, satire cohérente de l’Amérique : c’est ce liant qui manque toujours aux imitateurs, comme on l’expliquait à propos du moteur graphique de GTA VI.
2026, l’un s’éteint, l’autre vise le sommet
Le contraste de calendrier est cruel. Aucun nouveau Watch Dogs n’est sorti depuis Legion, et la franchise est en sommeil. En janvier 2026, après la lourde restructuration d’Ubisoft, plusieurs rapports d’insiders la donnent carrément pour « complètement morte », le studio concentrant ses forces sur Assassin’s Creed et Far Cry. Il reste bien une adaptation au cinéma en préparation, mais côté jeu, l’horizon est vide. Pendant ce temps, GTA VI arrive le 19 novembre 2026 et bat des records avant même sa sortie : son Trailer 2 a cumulé 475 millions de vues en 24 heures en mai 2025, le plus gros lancement jamais réalisé pour une bande-annonce de jeu vidéo.
C’est tout le sens de ce duel un peu déséquilibré. Watch Dogs n’a pas échoué faute d’idées, il a échoué parce que fabriquer un monde Rockstar demande un savoir-faire, un temps et un budget que presque personne d’autre ne peut aligner. Le seul autre prétendant récent à s’y être frotté, Cyberpunk 2077, a connu son propre naufrage avant de renaître, un dossier qu’on décortiquait dans notre comparatif GTA VI contre Cyberpunk 2077. Watch Dogs, lui, n’aura pas eu droit à sa rédemption. Rendez-vous à la date de sortie de GTA VI pour voir Rockstar régler la question une bonne fois pour toutes.
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