Une question revient sans cesse chez les fans : le CJ de San Andreas et le Franklin de GTA V habitent-ils le même Los Santos ? La réponse est non, et elle tient à un principe que Rockstar applique en silence depuis vingt-cinq ans. La saga n’est pas une seule ligne narrative, mais trois mondes parallèles qui rejouent les mêmes décors sans jamais se croiser. Voici la carte complète de ce que les fans appellent les univers de GTA.
Trois univers, une même logique : ce que dit Rockstar
L’idée paraît vertigineuse, elle est pourtant limpide une fois posée. La série Grand Theft Auto se divise en trois continuités parallèles, officiellement baptisées par Rockstar North l’univers 2D, l’univers 3D et l’univers HD. Chaque nom renvoie au niveau de graphismes de l’époque : le dessin en deux dimensions vu de dessus, la 3D de la PlayStation 2, puis la haute définition moderne.
La règle qui les relie est aussi celle qui les sépare. Les marques (Cluckin’ Bell, Sprunk, Ammu-Nation), les noms de villes (Liberty City, Vice City, San Andreas) et les personnalités médiatiques comme l’animateur radio Lazlow existent dans plusieurs univers. En revanche, aucun personnage physique, aucune intrigue ne passe de l’un à l’autre. Rockstar l’a expliqué noir sur blanc en 2011, lors d’un Q&A officiel publié sur son Newswire pour les 10 ans de GTA III. Interrogé sur un tag du gangster El Burro visible aussi bien dans GTA 1 que dans GTA IV, le studio répond que « les univers sont les mondes interprétés à différentes définitions, 2D, 3D et haute définition », que les marques et les personnages de fond peuvent coexister, mais « pas les personnages en trois dimensions ». Conclusion sans appel de Rockstar : non, aucun personnage de GTA III ne peut exister dans l’univers de GTA IV.
| Univers | Jeux principaux | Époque | Moteur |
|---|---|---|---|
| 2D | GTA (1997), GTA London 1969 et 1961 (1999), GTA 2 (1999) | 1997 à 1999 | Moteur maison en vue de dessus (DMA Design) |
| 3D | GTA III (2001), Vice City (2002), San Andreas (2004), Advance, Liberty City Stories, Vice City Stories | 2001 à 2006 | RenderWare (Criterion) |
| HD | GTA IV (2008) et ses épisodes, Chinatown Wars, GTA V et GTA Online (2013), GTA VI (2026) | 2008 à aujourd'hui | RAGE (Rockstar) |
L’univers 2D : là où tout commence (1997-1999)
Le premier univers est aussi le plus méconnu. Il naît en 1997 avec le Grand Theft Auto original, un jeu vu de dessus, presque abstrait, où l’on sillonne des villes à la manière d’une carte routière animée. Le studio écossais DMA Design, futur Rockstar North, y pose déjà les fondations : voler des voitures, semer la police, enchaîner les méfaits dans une Amérique fantasmée. Suivent la même année 1999 les extensions londoniennes GTA London 1969 et 1961, puis GTA 2, ambitieuse virée dans une Anywhere City rétro-futuriste régie par des gangs rivaux.
Cet univers a sa propre Liberty City, sa propre San Andreas, sa propre Vice City, toutes vues du ciel et sans aucun rapport avec les versions qui suivront. C’est le laboratoire de la saga, l’endroit où s’inventent le système d’étoiles de recherche et les radios sous licence. Pour creuser cette préhistoire fascinante, on l’a racontée en détail dans notre dossier sur les jeux GTA 2D oubliés et sur la création de GTA chez DMA Design.
L’univers 3D : l’âge d’or PlayStation 2 (2001-2006)
Tout bascule le 22 octobre 2001. GTA III abandonne la vue du dessus pour une ville en trois dimensions que l’on parcourt à la troisième personne, sur le moteur RenderWare de Criterion. C’est le big bang de la saga moderne et le point de départ d’un deuxième univers, le plus aimé de toute une génération. Vice City (2002) et son néon Miami 1986, puis San Andreas (2004) et son État entier de trois villes, portent cette continuité à son sommet. Les épisodes PSP Liberty City Stories et Vice City Stories, ainsi que GTA Advance sur Game Boy, complètent le tableau.
Ces trois piliers reviennent aujourd’hui dans une seule compilation, GTA The Trilogy The Definitive Edition, sortie en 2021 et entièrement reconstruite sous le moteur Unreal Engine 4 par le studio Grove Street Games. C’est cette version modernisée que l’on voit dans les captures de cet article. Pour aller plus loin, on a signé une rétrospective de GTA San Andreas, une autre sur Vice City et un avis complet sur cette Trilogy Definitive Edition.
L’univers HD : de Niko Bellic à GTA VI (2008 à aujourd’hui)
En 2008, Rockstar remet les compteurs à zéro. GTA IV inaugure un troisième univers, dit HD, porté par un nouveau moteur maison, le RAGE (Rockstar Advanced Game Engine), d’abord rodé sur Rockstar Games presents Table Tennis en 2006. Fini RenderWare : place à une physique plus réaliste, une lumière retravaillée et une densité urbaine inédite. Niko Bellic, immigré des Balkans venu chercher le rêve américain dans une Liberty City reconstruite de fond en comble, incarne ce virage vers un ton plus sombre et plus adulte.
Cet univers est celui que la plupart des joueurs actuels connaissent. Il rassemble GTA IV et ses deux épisodes The Lost and Damned et The Ballad of Gay Tony, le spin-off Chinatown Wars, puis le colosse GTA V et son inépuisable GTA Online, lancés en 2013. C’est aussi celui de GTA VI. Le même moteur RAGE, affiné au fil des ans jusqu’à la simulation folle de Red Dead Redemption 2, propulse chacun de ces mondes. Si vous hésitez encore à replonger, notre comparatif RDR2 ou GTA V en attendant GTA 6 fait le point.
La même ville, trois vies : le cas Liberty City
Le meilleur exemple de cette mécanique, c’est Liberty City. La métropole inspirée de New York apparaît dans les trois univers, à chaque fois redessinée de zéro. Dans l’univers 2D, ce n’est qu’un tracé vu du ciel. Dans l’univers 3D, GTA III en fait une ville de trois îles où évolue le muet Claude. Dans l’univers HD, GTA IV la reconstruit en une réplique dense et crédible de l’arrondissement new-yorkais. Trois Liberty City, trois ambiances, zéro continuité entre elles.
C’est là qu’intervient la nuance d’El Burro. Ce personnage évoqué dans GTA 1 puis référencé par un simple graffiti dans GTA IV n’est pas censé être « le même homme » : c’est un clin d’œil qui traverse les définitions, exactement comme une marque ou un jingle radio. À l’inverse, Claude de GTA III et Niko de GTA IV, en tant que personnages joués en trois dimensions, restent enfermés dans leur propre bulle. Cette grammaire du multivers explique pourquoi Rockstar peut recycler indéfiniment ses villes et ses satires sans jamais s’enfermer dans une continuité rigide. Chaque nouvel opus repart d’une page blanche. Pour prolonger, comparez la Liberty City de GTA IV avec celle, fondatrice, de GTA III, et retrouvez tous les jeux de la saga dans l’ordre.
Alors, GTA VI se passe-t-il dans le même monde que GTA 5 ?
Oui, et c’est la conséquence directe de tout ce qui précède. Grand Theft Auto VI appartient à l’univers HD, celui de GTA IV, GTA V et GTA Online. Il en partage le moteur, la logique de marques récurrentes et une géographie moderne, sans pour autant reprendre les personnages jouables de ses aînés. Vice City y renaît une nouvelle fois, version 2026, comme Liberty City avant elle. On a détaillé ce fil de continuité dans notre analyse GTA VI et GTA V, est-ce vraiment le même univers.
Comprendre les trois univers, c’est finalement comprendre la méthode Rockstar : garder l’ADN, jeter le décor, recommencer plus grand. Le prochain chapitre de l’univers HD arrive le 19 novembre 2026 sur PS5 et Xbox Series, et vous pouvez suivre le compte à rebours sur notre page dédiée à la date de sortie de GTA 6. Trois définitions, un même vice : voler des voitures dans une Amérique de carton-pâte plus vraie que nature.
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