Avant Grand Theft Auto III et son passage à la 3D en 2001, GTA se jouait vu du ciel, comme une maquette animée. Trois jeux en deux dimensions ont fondé la saga entre 1997 et 1999, aujourd’hui oubliés de presque tout le monde. Voici ce qu’ils ont inventé, et pourquoi ils comptent encore.
Avant la 3D, GTA se jouait vu du ciel
Le 28 novembre 1997, un petit studio écossais nommé DMA Design, déjà connu pour Lemmings, sort un jeu bizarre édité par BMG Interactive : Grand Theft Auto. La caméra est placée à la verticale, très haut au-dessus de la ville, si bien qu’on dirige un personnage minuscule sur ce qui ressemble à un plan de métro animé. Pas de récit balisé : on vole des voitures, on prend des missions au téléphone, on cumule des points en semant le chaos. Le bac à sable criminel est né, et il est déjà en vue de dessus.
Le détail qui fait sourire aujourd’hui : ce premier GTA se déroule sur trois villes qui portent déjà les noms de Liberty City, San Andreas et Vice City. Vingt-cinq ans avant Leonida, la saga avait posé son vocabulaire. Le jeu doit aussi sa légende à un scandale soigneusement orchestré, une campagne signée par le publicitaire Max Clifford qui lui a valu un classement 18 et une réputation sulfureuse, une histoire qu’on raconte en détail dans notre dossier sur la naissance de GTA chez DMA Design.
| Jeu | Sortie | Décor | Apport clé |
|---|---|---|---|
| Grand Theft Auto | 1997 | Liberty City, San Andreas, Vice City | Le jeu fondateur, en vue de dessus |
| GTA: London 1969 | 1999 | Londres, 1969 | La 1re extension de la saga |
| GTA: London 1961 | 1999 | Londres, 1961 | Add-on gratuit (préquelle, PC) |
| Grand Theft Auto 2 | 1999 | Anywhere City | Système de respect, gangs rivaux |
Le court-métrage live-action de GTA 2
C’est l’artefact le plus étrange de l’histoire de Rockstar. Pour lancer Grand Theft Auto 2 en 1999, DMA Design produit un court-métrage de huit minutes, entièrement en prises de vue réelles, sans une ligne de dialogue. On y suit un criminel nommé Claude Speed, joué par l’acteur britannique Scott Maslen, dans une virée sanglante au service de plusieurs syndicats. Des images du film habillent même les menus du jeu à sa sortie. C’est le seul contenu 100 % live-action jamais tourné par le studio.
Le clin d’œil que les fans adorent : deux ans plus tard, le héros muet de GTA III s’appellera lui aussi Claude. Rockstar n’a jamais confirmé qu’il s’agit du même homme, et la parenté reste une théorie de fans, mais l’écho a suffi à faire entrer Claude Speed dans la légende. Le film original, préservé par Internet Archive, se regarde encore.
Anywhere City, le GTA le plus étrange de la saga
Sorti le 22 octobre 1999, GTA 2 ne se contente pas de reprendre la recette : il la pousse dans une direction que la saga n’explorera plus jamais. Fini les villes américaines identifiables, place à Anywhere City, métropole grise et rétro-futuriste que le jeu situe malicieusement « trois semaines dans le futur ». On y sent l’influence de films comme Blade Runner autant que celle du polar urbain.
Surtout, GTA 2 introduit un système de respect qui préfigure les guerres de territoires de San Andreas. La ville est disputée par des gangs hauts en couleur, du conglomérat Zaibatsu aux Yakuza, en passant par les Rednecks du parc à caravanes ou les Loonies échappés de l’asile. Rendre service à l’un, c’est se faire haïr des autres : chaque mission recompose la carte des alliances. À sa sortie, le jeu reçoit un accueil mitigé et se vend sous les attentes, éclipsé par l’ambition d’une industrie qui bascule vers la 3D. Pour beaucoup, c’est pourtant le GTA 2D le plus fou et le plus abouti.
Londres 1969, le seul GTA hors des États-Unis
Entre les deux jeux principaux, DMA glisse une expérience unique. GTA: London 1969 quitte les villes fictives américaines pour poser sa caméra sur une vraie capitale : le Londres de la fin des années 60. Conduite à gauche, argot britannique (le « Busted » de l’arrestation devient une expression locale), taxis et minicoopers d’époque, ambiance Swinging Sixties. C’est, à ce jour, le seul GTA jamais situé hors des États-Unis dans un lieu réel, et il a la particularité rare d’être une extension, pas un jeu autonome.
Détail savoureux pour qui connaît la suite : cette première extension de la saga est produite par Dan Houser, futur cerveau scénaristique des GTA modernes. Rockstar en tirera même une préquelle, GTA: London 1961, offerte gratuitement sur PC à condition de posséder London 1969. Des DLC avant l’heure du mot DLC, signés par ceux qui allaient réinventer le jeu vidéo.
Ce que ces jeux oubliés ont légué à la saga
On peut sourire de ces pixels vus du ciel, mais tout GTA moderne leur doit quelque chose. Le bac à sable, les missions au téléphone, la radio, l’humour de mauvais goût : la formule était déjà écrite en 1997. Le système de respect de GTA 2 annonce les territoires de gangs de San Andreas, et les noms de Liberty City, San Andreas et Vice City deviendront les villes cultes de la saga. Il faudra le grand saut en 3D de GTA III pour transformer ces fondations en révolution, comme on le raconte dans notre panorama de tous les GTA dans l’ordre.
Ces jeux ne sont plus vendus, mais ils survivent dans les archives, et surtout dans l’ADN de la série. Quand GTA VI ouvrira les portes de Leonida le 19 novembre 2026, ce sera toujours le même geste qu’en 1997 : voler une voiture et voir ce qui arrive. Voici notre classement des GTA 2D, du plus fondateur au plus confidentiel.
Commentaires
Soyez le premier à réagir.