Impossible de trancher net entre les deux GTA préférés de bien des fans. GTA IV détient la meilleure note de toute la saga, 98 sur 100 sur Metacritic, quand San Andreas en reste le plus gros succès commercial, record de ventes de la PlayStation 2. Deux visions opposées du monde ouvert : l’épopée gangsta d’un État entier contre un drame criminel réaliste. Voici ce qui les sépare vraiment.
GTA IV, le rêve américain qui vire au cauchemar
Le 29 avril 2008, Grand Theft Auto IV fait entrer la série dans l’ère HD. On y suit Niko Bellic, immigré d’Europe de l’Est et vétéran de guerre, débarqué à Liberty City (le New York de Rockstar) chez son cousin Roman, persuadé d’y trouver une vie meilleure. Le ton tranche avec tout ce que la saga avait produit : plus sombre, plus adulte, une critique frontale du rêve américain. Niko tue pour de l’argent mais traîne ses fantômes, et le jeu ne le laisse jamais l’oublier.
Sous le capot, GTA IV inaugure pour la franchise le moteur RAGE (Rockstar Advanced Game Engine), celui qui propulse encore GTA V, Red Dead Redemption 2 et le futur GTA VI. Il est aussi le premier jeu commercial à embarquer la physique Euphoria de NaturalMotion : les PNJ ne rejouent plus des animations préenregistrées, ils trébuchent, se rattrapent à une rambarde, protègent leur tête en tombant, le tout calculé en temps réel. La conduite, lourde et pataude, assume une inertie quasi simulation. C’est un GTA qui veut qu’on ressente le poids des choses.
San Andreas, l’épopée gangsta d’un État entier
Sorti quatre ans plus tôt, le 26 octobre 2004 sur PlayStation 2, Grand Theft Auto: San Andreas joue la partition inverse : la démesure. Fini la ville unique, le jeu déroule tout un État fictif calqué sur la Californie et le Nevada, avec trois métropoles (Los Santos, San Fierro, Las Venturas) reliées par des campagnes, du désert et des montagnes. On y incarne Carl « CJ » Johnson, de retour à Los Santos en 1992 pour enterrer sa mère, aussitôt happé par la guerre des gangs de son quartier, Grove Street.
C’est le GTA le plus ambitieux de sa génération. Rockstar North y greffe des mécaniques de jeu de rôle : CJ prend du muscle ou du gras selon son alimentation et son sport, gagne du respect, recrute des membres de gang et conquiert des territoires. On peut enfin nager, plonger, piloter des avions et personnaliser son personnage (coupe, tatouages, vêtements). Là où GTA IV resserre, San Andreas ouvre les vannes, quitte à verser dans le too much assumé, jetpack compris.
Deux philosophies : le réalisme contre le terrain de jeu
C’est le cœur du débat. San Andreas est un immense bac à sable pensé pour le plaisir immédiat : tout est permis, tout est exagéré, la conduite est arcade et nerveuse, le contenu déborde. GTA IV prend le contre-pied, il cherche la crédibilité : un monde plus dense que vaste, une physique tangible, un système de couverture pour les fusillades et un scénario qui refuse la légèreté. Rockstar y sacrifie volontairement des jouets emblématiques, il n’y a même plus d’avions pilotables à la sortie, seulement des hélicoptères.
Ce clivage a durablement fracturé la communauté. Pour un camp, San Andreas reste le sommet indépassable, généreux et fun. Pour l’autre, GTA IV est le plus mature, le plus cohérent, le vrai tournant artistique de la série. GTA V tranchera plus tard en fusionnant les deux, l’ampleur de San Andreas et une partie du réalisme d’Euphoria, et GTA VI penche à nouveau, nettement, du côté réaliste hérité de GTA IV.
La carte : une ville dense contre un État entier
Le fossé se voit sur la carte. Selon le classement de Sportskeeda, l’État de San Andreas couvre environ 38,2 km², contre 16,14 km² pour le Liberty City de GTA IV, soit près de 2,4 fois plus grand. Mais la comparaison brute ment un peu : San Andreas mise sur la variété des décors (ghetto, collines, désert, casinos), quand GTA IV concentre tout dans une métropole verticale, étouffante, bardée de détails. Moins vaste, mais plus dense.
La technique : RenderWare tire sa révérence, RAGE entre en scène
San Andreas est le chant du cygne du moteur RenderWare, celui de GTA III et Vice City, poussé à son maximum sur PS2. GTA IV, lui, ouvre l’ère RAGE et Euphoria, la base technologique que Rockstar peaufine encore aujourd’hui. C’est tout l’écart de génération résumé en un jeu : le dernier grand GTA « à l’ancienne » face au premier GTA « moderne ».
Critique et ventes : le mieux noté contre le plus vendu
Côté presse, GTA IV l’emporte : 98 sur 100 sur Metacritic, la meilleure note de toute la saga et l’un des jeux les mieux notés de l’histoire. San Andreas suit avec un excellent 95 sur 100. Côté ventes, San Andreas domine : plus de 27 millions d’exemplaires, ce qui en fait le jeu le plus vendu de toute la PlayStation 2. GTA IV n’a pas à rougir non plus, avec plus de 25 millions d’unités et surtout un démarrage record, plus de 500 millions de dollars de recettes dès la première semaine. Deux blockbusters, deux façons de gagner.
Où (re)jouer à GTA IV et San Andreas
Petit paradoxe : le mieux noté est aujourd’hui le plus dur à trouver. GTA IV n’a jamais eu de remaster. On y joue sur PC via Grand Theft Auto IV: The Complete Edition et sur Xbox par rétrocompatibilité, mais il reste absent des PlayStation modernes. Nos captures de GTA IV proviennent de cette version PC d’origine. San Andreas, à l’inverse, est partout : la version classique, mais surtout le remaster Grand Theft Auto: The Trilogy, The Definitive Edition (2021, toutes plateformes, et mobile via l’application Netflix), d’où viennent nos captures de CJ. On fait le point sur ce portage dans notre avis sur la Trilogy Definitive Edition.
Alors, GTA IV ou San Andreas ?
Si vous voulez le plus grand, le plus généreux, le plus fun, foncez sur San Andreas : un État entier, du RPG, des dizaines d’heures de bêtises assumées. Si vous cherchez le plus abouti, le plus adulte, le vrai virage vers le GTA moderne, GTA IV reste imbattable. L’un est un terrain de jeu, l’autre un film noir jouable. Deux chefs-d’œuvre, deux écoles.
Bonne nouvelle pour tout le monde : GTA VI récupère le meilleur des deux, l’ampleur d’un monde ouvert géant et le réalisme physique né avec GTA IV, pour une sortie fixée au 19 novembre 2026. On a d’ailleurs comparé GTA VI face à San Andreas et GTA VI face à GTA IV. Pour prolonger, replongez dans nos rétrospectives de San Andreas et de GTA IV, ou dans notre comparatif San Andreas contre GTA 5.
Le tableau ci-dessous résume tout ce qui oppose les deux monuments.
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