Deux mondes ouverts, deux philosophies, un fossé qui n’a jamais été aussi visible. D’un côté, Assassin’s Creed, la plus grosse licence d’Ubisoft et le modèle du monde ouvert produit à la chaîne. De l’autre, GTA VI, un seul jeu bâti sur une décennie qui pèse déjà presque autant que la saga entière de son rival. Ce duel Rockstar contre Ubisoft raconte deux visions opposées du jeu géant.
Rockstar et Ubisoft, deux écoles du monde ouvert
Le clivage tient en une image. Chez Ubisoft, le monde ouvert d’Assassin’s Creed est une science industrielle : de vastes cartes quadrillées d’icônes, des points de vue à escalader pour révéler la zone, des avant-postes à nettoyer, des collectibles par centaines. Une recette redoutablement efficace, mais si reconnaissable qu’elle a fini par lui coller à la peau sous le nom de « formule Ubisoft ». Chez Rockstar, la logique s’inverse : on ne coche pas une carte, on habite un lieu. GTA VI déploie l’État de Leonida tout entier, inspiré de la Floride, de Vice City à ses marécages, avec cette densité cousue main qui fait qu’un carrefour anodin vaut souvent mieux qu’un point d’interrogation sur une minimap.
C’est exactement l’ambition que revendique Rockstar. Son fondateur Sam Houser a présenté Grand Theft Auto VI comme la suite des efforts du studio pour « repousser les limites du possible » dans les expériences de monde ouvert immersives et narratives. Là où Ubisoft optimise un gabarit éprouvé, Rockstar cherche la rupture, quitte à ne livrer qu’un jeu tous les dix ans.
Un seul GTA pèse presque autant que toute la saga Assassin’s Creed
Le chiffre qui résume tout, c’est celui des ventes. En juillet 2026, après la sortie de Black Flag Resynced, Ubisoft a annoncé que la franchise Assassin’s Creed avait dépassé les 250 millions d’exemplaires depuis 2007, tous opus confondus. Un total colossal, accumulé sur quatorze épisodes principaux et bientôt vingt ans. Sauf qu’en face, GTA V à lui tout seul dépasse déjà les 225 millions d’unités selon le dernier rapport de Take-Two. Autrement dit, un unique jeu Rockstar, sorti en 2013, talonne l’intégralité d’une saga qui a écumé Jérusalem, Florence, les Caraïbes, l’Égypte, la Grèce, l’Angleterre viking et le Japon.
Ce grand écart dit l’essentiel de la stratégie de chaque maison. Ubisoft additionne : beaucoup de jeux, beaucoup de décors, un volume total impressionnant. Rockstar concentre : peu de jeux, mais des phénomènes culturels qui se vendent pendant plus de dix ans. Et GTA VI n’a pas encore posé la moindre unité sur l’étagère.
Assassin’s Creed sort chaque année, GTA prend une décennie
La différence de tempo est peut-être la plus révélatrice. Assassin’s Creed a longtemps été une machine annuelle : quatorze épisodes principaux depuis 2007, avec des années où Ubisoft en sortait presque un par exercice. Cette cadence a fait la fortune de la licence, mais aussi son usure, au point qu’Ubisoft a plusieurs fois dû lever le pied pour éviter la saturation. Rockstar, lui, joue la rareté absolue : treize ans séparent GTA V de GTA VI. Chaque sortie devient un événement générationnel, préparé par des bandes-annonces qui battent des records d’audience avant même la moindre date de précommande.
Cette lenteur assumée est un pari sur la qualité perçue. Un joueur pardonne difficilement un GTA raté, parce qu’il n’en aura pas d’autre avant longtemps. La bande-annonce ci-dessous, présentée par Rockstar comme captée sur PlayStation 5, illustre le niveau de finition que cette patience permet de viser.
Ubisoft vacille quand Rockstar vise le sommet
Le contraste de calendrier vire au symbole. Fin 2025, Ubisoft, sous pression financière, a réorganisé son empire en logeant ses trois franchises phares, Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six, dans une nouvelle filiale baptisée Vantage Studios, dans laquelle le géant chinois Tencent a injecté 1,16 milliard d’euros. L’éditeur, qui a accusé une perte nette de 161,3 millions d’euros sur son premier semestre fiscal 2025, cherchait des liquidités pour tenir le rythme des productions AAA. Assassin’s Creed, sa poule aux œufs d’or, dépend désormais en partie d’un partenaire extérieur.
De l’autre côté, Take-Two aborde la fin 2026 porté par la manne GTA, avec GTA V toujours en tête des ventes et un GTA Online qui continue de générer des revenus récurrents. GTA VI arrive donc dans une position de force presque insolente. Ce n’est pas un hasard si toute la concurrence open-world, de Watch Dogs à Cyberpunk, a fini par se comparer à Rockstar plutôt que l’inverse. On l’a détaillé dans notre comparatif GTA VI contre Watch Dogs, l’autre « GTA killer » d’Ubisoft, et dans notre face-à-face avec Cyberpunk 2077.
Reste que la comparaison est un peu injuste, et Ubisoft le sait. Assassin’s Creed Shadows, lancé en mars 2025, a été le jeu le plus vendu aux États-Unis sur son mois de sortie et le deuxième meilleur démarrage de l’histoire de la franchise. La formule fonctionne encore. Mais entre une saga qui doit se restructurer pour survivre et un GTA qui vise le plus gros lancement jamais vu, l’année 2026 aura tranché à sa manière. Rendez-vous à la date de sortie de GTA VI et sur la carte de Leonida pour voir Rockstar défendre son titre sur le terrain.
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