Même éditeur, deux visions du crime aux antipodes. GTA VI, attendu le 19 novembre 2026, mise sur un monde ouvert satirique dans une Vice City ultra-moderne. Mafia: The Old Country, sorti en août 2025, raconte une histoire linéaire dans la Sicile de 1900. Voici ce qui sépare vraiment ces deux titres du même groupe.
Deux jeux de crime, un seul propriétaire : Take-Two
C’est le paradoxe qui rend la comparaison savoureuse. Grand Theft Auto VI et Mafia: The Old Country appartiennent au même éditeur, Take-Two Interactive. Le groupe opère via plusieurs labels : Rockstar Games, qui développe GTA VI, et 2K, sous lequel travaille Hangar 13, le studio de Mafia. Deux jeux de gangsters, deux équipes, un seul propriétaire qui encaisse dans les deux cas.
Pourtant, personne chez Hangar 13 ne semble redouter le rouleau compresseur de Rockstar. Interrogé sur la cohabitation avec GTA VI, le président du studio Nick Baynes a expliqué que les deux séries avaient divergé depuis l’époque de GTA III et du premier Mafia, au début des années 2000, au point que la sortie du jeu de Rockstar « n’est pas un sujet dont on parle ». Le message est clair : Mafia ne joue plus dans la même catégorie, et l’assume.
Mafia raconte, GTA VI laisse faire
La différence de fond tient en un mot : la liberté. Mafia: The Old Country est un jeu linéaire et narratif, revendiqué comme tel par Hangar 13. Il existe bien une carte de la Sicile, mais on l’explore à peine : la progression enchaîne des missions scriptées, comme un film dont on tiendrait la manette. On y incarne Enzo Favara, un jeune Sicilien happé par une Famille, sur une durée de campagne resserrée d’une dizaine d’heures.
GTA VI vise exactement l’inverse. Rockstar promet un monde ouvert intégral, l’État de Leonida inspiré de la Floride, que le joueur parcourt à sa guise entre les temps forts du scénario. Là où Mafia vous tient par la main pour servir son récit, GTA VI vous lâche dans un bac à sable et regarde ce que vous en faites. C’est cette même philosophie que l’on retrouvait déjà dans notre comparatif entre GTA VI et Cyberpunk 2077, deux mondes ouverts que tout oppose sur la forme.
Sicile 1900 contre Vice City d’aujourd’hui
Le décalage est aussi historique. Mafia plonge dans la Sicile du tout début du XXe siècle, ses villages de pierre, ses vignobles et ses codes d’honneur d’un autre âge, dans une palette sépia et poussiéreuse. GTA VI, lui, déroule une Vice City contemporaine, néons, réseaux sociaux et culture pop 2020, un miroir grinçant de la Floride d’aujourd’hui porté par le duo Jason et Lucia. On a détaillé ce couple et son rôle dans le récit dans notre article sur Jason et Lucia, le duo de GTA VI.
Le ton suit le décor. Mafia assume le drame criminel réaliste, sans clin d’œil ni parodie, quand GTA VI cultive sa marque de fabrique : la satire sociale et l’humour noir, marques fictives et radios délirantes comprises. La bande-annonce ci-dessous donne la mesure de cette énergie moderne que Mafia, volontairement, ne cherche pas à imiter.
RAGE contre Unreal Engine 5
La bataille se joue même sous le capot. GTA VI tourne sur le RAGE, le moteur maison de Rockstar, rodé sur GTA V et Red Dead Redemption 2, deux références techniques du monde ouvert. C’est un choix de continuité : le studio peaufine depuis quinze ans une technologie taillée pour simuler des villes entières. On revenait sur cet héritage dans notre dossier consacré au moteur graphique de GTA VI.
Hangar 13, à l’inverse, a fait un pari radical : abandonner sa technologie maison pour l’Unreal Engine 5. C’est une première dans l’histoire de Mafia, après plus de vingt ans de moteurs propriétaires. L’idée, revendiquée par le studio, était de concentrer ses forces sur la mise en scène et les visuels plutôt que sur le développement d’un moteur, quitte à renoncer au monde ouvert que cette tech aurait pu porter.
Faut-il choisir entre les deux ?
La vraie réponse, c’est qu’il n’y a pas à choisir. Les deux jeux ne visent ni le même joueur ni le même moment. Mafia: The Old Country est déjà là, vendu autour de 50 dollars, plus court et plus dirigiste, avec un accueil critique correct (Metascore proche de 73) et une direction artistique unanimement saluée. C’est une parenthèse criminelle de qualité, présentée par la presse comme un bon moyen de patienter le temps que le report de GTA VI s’écoule.
GTA VI joue une tout autre partition. À 79,99 $ pour l’édition Standard (99,99 $ en Ultimate), il promet un monde ouvert démesuré et des centaines d’heures de jeu, sans oublier son futur volet en ligne. Deux budgets, deux ambitions, deux façons de raconter le crime, réunis sous une seule et même bannière : Take-Two. Rendez-vous le 19 novembre, la date de sortie de GTA VI, pour voir si le géant tient sa promesse. En attendant, la Sicile de Mafia est ouverte.
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